Le web : promesse tenue ?- Ecrans

« Le web, « le » web n’est plus aujourd’hui ce réseau de réseau, non propriétaire, sans droits d’accès. Le dire et le répéter n’y changera peut-être rien, mais « la plus grande partie du cyberespace est un monde fermé, propriété, contrôlé par le marketing, régi par un carcan de normes arbitraires, de lois liberticides et de technologies « privatives ». Un monde hyperterritorialisé sous le contrôle de quelques multinationales. » La question n’est pas que le web soit devenu un média de masse, la question n’est pas non plus celle de la concentration dans ce secteur, la question n’est même pas celle de la neutralité des tuyaux (quoique), la question n’est surtout pas de savoir s’il faut avoir peur du web ou d’internet comme d’autres avant nous avaient eu peur de la musique, du jazz, du rock’n roll, de la télé, du noir, des noirs, de l’étranger, d’étrangers noirs jouant du jazz à la télé.

La question c’est de savoir ce qui change dans un monde de 2 milliards de personnes connectées, lorsque la moitié d’entre elles sont inscrites sur un site qui décide seul de ce qui est ou non conforme à « sa » morale. La question est de savoir ce que devient la culture quand 2 marchands à la lettre A de l’annuaire décident seuls des restrictions d’usage que nous pourrons faire de biens culturels pourtant dûment acquittés. La question est de savoir ce que devient l’imaginaire d’un collectif de 2 milliards d’individus connectés lorsque qu’un seul acteur est en capacité de formuler des réponses à des questions qui ne sont pas posées.

La question est celle de savoir si l’utopie du web peut raisonnablement basculer vers une dystopie. La question est de savoir si cela est possible. Se poser cette question pourrait très largement suffire à permettre d’y répondre par la négative. La question est aujourd’hui se savoir qui sont ceux qui se posent cette question. La question est de savoir s’ils sont suffisamment audibles. »

Le web : promesse tenue ?- Ecrans.